Aprèsune looongue attente!! Version définitive de l'intro des chroniques! J'espère qu'elle vous plaira!
Prologue
Les trois Lunes d'Aasalgard illuminaient les cieux ténébreux. Elles éclairaient de leur lueur fantomatique les hautes demeures du village d'Aëthel Miriae. Alon était accoudée à la rambarde de fer délicatement forgé qui entourait le balcon marbré de sa chambre et qui surplombait la rue principale. Elle était plongée dans ses pensées et n'accordait aucune importance à tout ce qui l'entourait. Elle était subjuguée, fascinée par les Astres. Il lui était difficile d'y détourner son regard. Après tout c'est si... magnifique. Tout baignait dans la pâle lueur de la nuit telle une féérie dont l'Elfe ne saurait donner de réelle description.
Depuis son plus jeune âge elle a toujours été attirée par l'immensité qui s'offrait juste devant ses yeux, toutes les nuits. Malgré les années passées, elle n'avait jamais éprouvé la moindre lassitude à contempler tout ce que le ciel elfique pouvait lui offrir. Elle passa machinalement une main dans sa douce et longue chevelure brune, et son regard pour la première fois de la soirée se décrocha des Grandes Protectrices et se perdit dans les étoiles. Elles brillaient doucement dans la fraicheur de cette nuit de la huitième phase de l'année, créant au gré de son imagination des formes étranges, envoûtantes. Le ciel sombre se remplit soudain de volutes aux reflets bleutés, aux allures d'aurores boréales, phénomène que l'on ne retrouvait que dans le ciel de cette partie du monde, au point que tous venaient à en soupçonner quelque trace de magie. Elles éclairaient le village à présent comme une source pure éclairerait la grotte dans laquelle elle s'était tapie ; des reflets irisés, chatoyants se mouvaient sur les murs.
Soudain, elle sursauta. La présence derrière elle était apparue d'un seul coup. Parfois, elle venait à maudire les Elfes et leur manie de se déplacer aussi silencieusement, même si elle-même en était une. Lorsqu'elle se retourna elle fut soulagée de voir que la personne qui se tenait derrière elle lui était familière, très familière, même.
-Je t'ai fais peur ? s'enquit la voix, cependant plus amusée qu'inquiète.
-Non pas vraiment, mentit Alon qui venait de se remettre de sa petite frayeur, la main sur sa poitrine.
Ell-Millen réprima un rire et s'approcha d'elle, ce qui mit son visage à la lumière de la lune. Un visage buriné par les âges, mais pourtant qui a su garder toute cette beauté, et cette grâce propre aux Elfes. Ses cheveux bruns impeccablement brossés tombaient sur ses épaules et derrière sa mine impassible, on pouvait lire dans ses yeux comme dans les plus anciens parchemins, l'intégralité de ce qu'il avait pu vivre. Ils affichaient les peines qu'il devait avoir anduré, mais aussi tout l'enseignement qu'il avait pu en tirer. Il était plutôt grand, et élancé, mais ça se voyait qu'il avait été un guerrier : ses muscles étaient admirablement bien sculptés, mais n'étaient pas disproportionnés. Tout s'incluait dans la plus pure esthétique elfique.
Il campa devant elle, les mains sur les hanches, et leva les yeux au ciel. Son regard brillait dans l'obscurité, mais semblait se perdre dans le lointain. Elle se retourna à son tour préféra plonger le sien dans les profondeurs du village quelques mètres plus bas. Quelques personnes qu'elle pouvait à peine percevoir dans le faible éclairage doré des ruelles se tenaient là en petit groupe serrés ou seuls, discutant ou se promenant à la lueur de la nuit. Il s'en suivit un long silence, plutôt perturbant.
Lorsqu'elle leva de nouveau les yeux, le regard d'Ell-Millen était toujours perdu dans les lunes. Mais il n'était plus bienveillant et emprunt de sagesse. Il paraissait hagard, effrayé. Elle tenta de plonger son regard vers le sien, mais à chaque fois, il semblait se dérober. Lorsqu'enfin il émergea de ses pensées, comme un pantin à qui on venait de rendre sa liberté sans qu'il puisse se rappeler de tout ce qu'il avait fait jusqu'alors, il repoussa violemment la rambarde, qui produisit une étrange sonorité et se mit à faire les cents pas sur le balcon. Ses claquements de bottes sur le sol marbré résonnaient bruyamment, et certaines personnes levaient la tête pour savoir d'où provenait un tel bruit. Il ne cessait de tourner en rond, ce qui commençait à provoquer chez Alon qui tentait désespérément de le suivre du regard, alors qu'il changeait au gré de ses humeurs régulièrement de trajectoire.
-La prophétie...
-Prophétie ? répéta Alon, toujours abasourdie par le comportement plus qu'étrange de son compagnon.
-Hum... tu ne l'as pas connue, et peu de gens aujourd'hui se rappelle son existence.
Son ton était plus grave soudain, ce qui était surprenant lui qui était d'ordinaire badin et de bonne humeur.
-Kulhan, car c'était le nom de cet Homme qui vivait à Durnerhold, était une personne respectée qui avait un haut rang dans sa société à l'époque.
Ell-Millen feignit une toux qui ne pouvait cependant cacher une hilarité moqueuse.
-Mais il était de notoriété publique qu'il était plutôt étrange, excentrique, continua t-il, amusé par ses propres paroles, et je te laisse imaginer les têtes lorsqu'il sortait bêtement faire ses courses !
-A ce point ? demanda Alon, surprise que des paroles empreintes de tant de curiosité presque avide sortent avec tant d'aisance de sa bouche.
-Oui, répondit Ell-Millen qui tentait tant bien que mal de reprendre son sérieux, disons que les gens du peuples n'appréciaient pas vraiment sa compagnie, et il avait plutôt une tête à faire peur ! Il avait acquis au cours des années une réputation assez obscure et les ragots sur son compte allaient bon train. Mais il est impossible de déterminer le vrai du faux là dedans.
Toujours est-il que la prophétie qu'il lança n'avait pas finir de faire parler les plus commères, car si on lui donnait le don de prévoir l'avenir, celui là ne semblait pas trop aux goûts des villageois d'ordinaire chargé d'un peu plus d'optimisme.
Mais peut-être voudrais-tu connaître toute l'histoire. Je vais essayer de te la narrer de façon concise et claire. Tout n'a pas vraiment été élucidé et il reste beaucoup de zones d'ombres la concernant.
A l'époque, et cela fait déjà bien des générations, régnait sur le territoire des Hommes Gabben V. Ce n'était pas, loin de là, un souverain juste et parfaitement bon. Mais, avec ses méthodes, quelles qu'elles soient, il a permis à ses sujets de vivre de manière relativement prospère, malgré les guerres il devait faire face contre des populations tribales avec qui il devait partager malgré lui son royaume mais qui donnait lieu à énormément de tension. Personnellement, il n'y voyait pas beaucoup d'inconvénients de partager sa terre avec ces créatures qui étaient sans nul doute là bien avant eux... Mais une grande partie de ses sujets avaient leur fiertés et ne souhaitant en aucun cas cohabiter avec de telles horreurs et considéraient de part leur supériorité numérique avoir pleine possession du territoire. Et ainsi commença cette sorte d'élagage, ou l'on ôtait en quelque sorte les branches les plus pourris du Grand Arbre de leur Histoire, dont ces peuples voisins faisaient évidemment partie. Et bien sûr, ces derniers ne comptaient pas rester là à attendre de se faire massacrer ou encore de se cacher. Ils étaient pour la plupart de farouches guerriers et prirent les armes. D'autres plus pacifiques préférèrent se retirer, et vivre ici par exemple, ou restèrent à l'écart durant le conflit soutenant de loin leur cause. Certains finirent néanmoins par entrer en guerre au bout d'un certain temps, probablement las de vouloir subir l'image d'êtres chétifs et apeurés. Et sûrement voulaient-ils dorer leurs noms d'une réputation plus glorieuse.
Quoiqu'il en soit, lorsque cette guerre éclata, le monde des Hommes fut soudainement éclaté. Certaines personnes, surtout issus d'un milieu plus rural, moins riche, et souvent en retrait de la capitale et de toute véritable civilisation, se mirent à protester contre ce combat injuste. Ils firent de nombreuses actions, fournissant des armes, cachant les créatures blessées, et leur apportant toute l'aide qu'ils pouvaient offrir. Très vite, elle devint totale, et les pertes se comptaient par dizaines de milliers. Les villages étaient ravagés par les milices armées ayant pour charge de retrouver les rebelles ou les Indésirables, comme ils nommaient leurs prétendus « envahisseurs ». Sur les multiples champs de bataille, les corps s'amoncelaient, de toute race et de toutes contrées. Là où se trouvaient aux temps jadis des forêts, des vallées d'où sillonnaient les rivières les plus pures, furent creusés des cratères, les forêts furent incendiées, Les courants limpides devinrent rouges et on pouvait voir flotter dans ces eaux pestilentielles les cadavres mutilés des adversaires vaincus. On ne trouvait en ce temps que la faim et la peur...
Gabben, pourtant semblait s'opposer à cette querelle idiote, mais la pression des aristocrates de sa cour lui forçaient véritablement le pas dans leur direction. Parmi eux, étaient à leur tête l'Archiduc Royan Lerdhart, dont l'éloquence n'était plus à démontrer. Il veillait aux applications de toutes les mesures à prendre durant cette bataille, et il commandait toutes les forces armées. Il était cruel et n'avait aucune hésitation à faire trépasser femmes et enfants pour obtenir ce qu'il voulait, et il était rare qu'il ne se couche avant d'avoir obtenu ce qu'il voulait. Les richesses de tous ses partisans, à qui il avait promis monts et merveilles, furent engrangées, et il y mit même une partie de sa fortune personnelle. Tous ses adversaires qui n'avaient pas été éliminés, ou tous ceux qu'il jugeait inapte à servir sur le champ de bataille produisait les armes. Tout était parfaitement calculé. Il avait fait concevoir des machines de guerre plus élaborée, et l'issue de cette guerre semblait être condamnée.
Pourtant très vite, la lassitude s'installa dans la haute société et n'y trouvant plus un bon passe temps et n'ayant plus les bonnes raisons qu'ils attendaient, rallièrent la cause des rebelles. Certains furent d'ailleurs rejetés et n'ayant nulle part où aller préférèrent se donner la mort où s'exilèrent dans des contrées sauvages, les plus éloignées possibles. Les autres devinrent de sérieux opposants à la cause de Ledrarth. Ils se défendirent tant et si bien, en fin de compte, qu'ils forcèrent Ledrhart à agir plus rapidement qu'il ne l'aurait souhaité. Il fit convaincre ceux qui menaçaient de quitter ses rangs de la traîtrise de leurs prédécesseurs, et de leur erreur. Puis il passa véritablement à l'action.
Car le véritable dessein de Ledrhart ne se limitait pas seulement à purger le royaume, il cachait une action beaucoup plus ambitieuse. Il avait rallié tous les grands noms du Royaume, pour une cause qu'eux même ignoraient, et même si ce fut plus précipité que prévu, il mit donc à jour son véritable plan.
Car en agissant au préalable de cette sorte, il voulait s'assurer de la totale adhésion de ceux qui le suivait, et ainsi les manipuler à sa guise. En menant les gens à éprouver un mécontentement contre des adversaires quelconques, il pouvait être sûr de rediriger sa colère contre n'importe quoi. Et ici, il se trouvait que le « n'importe quoi » en question était Gabben en personne.
Il monta donc un coup habile pour atteindre en toute sécurité le château royal, et ainsi pouvoir le détrôner. Pour ce faire, il accusa Gabben de ne rien faire pour empêcher la guerre de se terminer, et encore moins pour qu'elle se termine à leur avantage. Remontés les opposants décrétèrent la mort du Roy. Ceci fait, Ledrhart tenta de trouver un bon moyen de pénétrer dans l'enceinte de la citadelle. Pour cela, il soudoya quelques serviteurs et parvint à s'approcher d'un proche du monarque, nommé Havon.
Quelques temps plus tard, sans que personne ne sache véritablement ce qui avait été dit et fait avec le conseiller personnel de Sa Majesté.
Jugeant qu'il était temps de passer à l'attaque, il somma Havon et ses partisans d'attaquer la capitale. Et ce fut donc une déferlante de millers de fanatiques qui attaquèrent une Durnerhold affaiblie, mal protégée à cause des efforts de guerre, et surtout à cause d'Havon, qui avait détourné toute la sécurité de la forteresse, en les envoyant en mission à des coins variés du Royaume. Au partisans Durnerhois s'ajoutaient les partisans anti-bêtes, qui se battaient toujours contre des cohabitants un peu trop envahissants à leur goût.
La guerre qui devait être un combat contre des étrangers devint une guerre civile, et plus que tout une guerre totale. Les morts s'accumulaient à une vitesse fulgurante, et très vite, l'équilibre même du territoire fut menacé.
Les soldats éparpillés se hâtèrent de rejoindre leur capitale, et très vite, le piler central de la bataille ne se trouvait plus aux flancs de chaîne de montagnes centrales, où ils étaient parvenus à retrancher les dernières régions rebelles, mais aux abords même des murailles de leur chère cité.
La guerre se prolongea, jour et nuits, sans relâche, entre attaques en traître et assassinats. La même race livrait un combat fratricide sans merci.
Mais...
La lutte pris un tournant décisif lorsque Ledrhart, parvint à pénétrer dans le donjon où le Roy était caché. Il avait six Hommes avec lui. Eux seuls savaient comment il était parvenu jusque là. Malheureusement, ils emportèrent leurs secrets dans la tombe, car ils furent éliminés par les troupes d'élite de Gabben, ceux que l'on appelait Garde Blanche. Cette diversion, probablement calculée, permis cependant à Ledrhart d'atteindre la salle où Gabben se tenait.
Par chance, lorsque Ledrhart allait mettre fin à la vie à son goût déjà trop longue de son bien aimé souverain, les troupes encore en vie de la garde Blanche l'arrêtèrent. La guerre était finie, et Ledrhart l'avait perdue.
Son sort fut vite scellé. La seule sentence que prévoyait la loi était la mort. Toutefois, Gabben, toujours en proie à une grande rage à son égard, en décida autrement. La punition devait être exemplaire. Aussi le traître fut-il condamné à devenir fou en assistant à l'exécution de ses compagnons. Ce jour, cent-cinquante personnes furent mises à mort, et il fut forcé d'observer leur moindre détail. Lorsqu'il eut complètement perdu la raison, il fut abandonné avec ses plus proches lieutenants sur une île au large des côtes ouest de nos terres, et dont nous avons la surveillance.
-Pourquoi nous ?
-Parce qu'ils jugeaient que notre seule magie pourrait suffire à contrer la sienne. Ce qui est vrai, et très flatteur, mais nos relations n'ont jamais été très cordiale ; et voilà que d'un seul coup, ils nous forcent à agir comme des amis de toujours et de garder leur prisonniers.
-Mais on aurait pu refuser, non ?
-C'est fortement déconseillé. Même affaiblis par la guerre, les Hommes restent de farouches guerriers. Si, si ! ajouta-t-il en voyant la mine stupéfaite d'Alon. Même si de fait nous aurions été supérieurs grâce à notre maîtrise de la magie, magie qu'eux même utilisent mais à un niveau légèrement inferieur au notre et surtout parce qu'ils sortent d'une longue bataille, qu'ils sont affaiblis, amoindris et tous les mages ou combattants ne sont pas du même côté, une guerre aurait été un gaspillage de temps, de matériel, de ressources et surtout de vies dont nous pouvions aisément nous passer. Alors nous avons fait ce qu'ils demandent sans poser de questions.
Mais voilà que Kulhan fut soudain pris d'une crise très étrange et il vociféra allègrement à tous ceux qui voulaient l'entendre :
« Pleurez et embaumez vos morts
Car lorsque la Lune de Sang brillera
D'outre tombe,
La menace s'y abattra de nouveau »
Et on n'entendit plus jamais parler de lui.
Ce qui fut d'abord pris comme le gentil calembour d'un homme excessivement excentrique pris pourtant une teinte plus sérieuse avec le temps. Ledrhart avait laissé des traces, et personne n'avait réellement confiance en nous alors, ils étaient pour certains persuadés qu'il reviendrait, ce qui provoquait des craintes, ou de l'impatience, selon le camp...
Des années passèrent. D'abord dix puis vingt, puis cent, et encore des décennies, des siècles s'écoulèrent. La prophétie, Ledrhart, Kulhan et tout le reste furent oubliés.
Il y'eut un long silence pesant, très pesant, qui gênait aussi bien Alon qu'Ell-Millen, mais personne ne voulait ajouter le moindre mot. Après un moment qui parut interminable, Ell Millen reprit la parole, d'une voix douce, faible, presque éteinte :
-Jusqu'à ce jour...